Savatage
Interview
Jon Oliva et Johnny Lee Middleton
Le 2 février 2001

Avec une carrière de près de 20 ans, Savatage fait partie des vétérans de la scène Heavy Metal, mais pourtant, chaque nouvel album apporte toujours son lot de surprises…et de changements de personnel. A l'occasion de la sortie de Poets And Madmen, nous avons rencontré les plus anciens membres du groupe : Jon Oliva, chanteur, claviériste et principal compositeur ainsi que le bassiste Johnny Lee Middleton.

Jérôme : Le dernier album est plus heavy avec plus de guitares, quelles sont les causes de ce changement ?

Jon : La différent principale, c'est que pour Dead Winter Dead et Wake Of Magellan nous avions écrit la musique à partir d'une histoire. C'est différent et pour Poets And Madmen, car nous avons d'abord composé la musique avant d'écrire l'histoire. De cette manière, nous avons composé des choses que nous aimons le plus, sans contraintes et nous avons beaucoup travaillé ensemble avec Chris Caffery ce qui fait qu'il y a beaucoup de guitares. J'aime bien cette manière de bosser, c'est beaucoup plus amusant.

Jérôme : Un peu comme pour Doctor Butcher alors ?

Jon : Oui, d'autant plus qu'il y a des éléments que nous avions composé pour cet album.

Jérôme : L'année dernière fût une année difficile pour le groupe avec les deux départs, cela a t-il engendré des problèmes particuliers pour l'enregistrement de l'album ?

Johnny : Pas vraiment. En fait, Jon à fait les claviers et tout le chant, et Chris Caffery a fait énormément de choses, il c'est beaucoup plus impliqué cette fois dans l'écriture.

Jon : C'est vrai : comme on en a parlé tout à l'heure, Chris a laissé vraiment sa marque de fabrique sur ce disque par rapport à des albums comme Wake Of Magellan. De plus, Paul (O'Neil) n'est réellement intervenu sur les compositions qu'à la fin, sur le scénario, car il a eu beaucoup à faire avec TSO et la tournée.

Johnny : Nous n'avons pas pour autant révolutionné nos méthodes de travail, mais de son côté, Chris a beaucoup travaillé et a apporté beaucoup de bonnes idées. Je pense que le changement dans le résultat final, c'est que les bases des titres ont été davantage composées à la guitare qu'aux claviers.

Jon : Par exemple sur Dead Winter Dead, il n'y avait qu'un seul titre composé à la guitare et sur Wake Of Magellan, il y en avait deux ou trois. Sur celui là, seulement un titre a été composé au piano, tu sais, la ballade de la fin, Back To Reason. Je crois que la raison de tout ça, c'est que je deviens fainéant (rire).

Jérôme : Peux-tu nous résumer le scénario de Poets and Madmen ?

Jon : Vas-y Johnny….

Johnny : C'est pas ton tour cette fois ? (rire)

Jérôme : Désolé… (rire)

Jon : Pas de problèmes, c'est une histoire très abordable et assez facile à expliquer, comme tous les concepts de nos albums. Pendant la guerre civile en Afrique centrale, une petite fille blessée est en train de mourir. A côté, il y a un photographe qui ne peu rien faire d'autre qu'assister à la scène. Il n'arrivera pas à ce débarrasser de cette image imprimée dans son cerveau, fini par devenir fou, et tentera même de se tuer. Alors il est interné dans un hôpital psychiatrique ou il fait la rencontre de trois gamins…

Jérôme : Qu'en est-il du matériel que vous n'avez pas mis dans la version finale de l'album ?

Jon : Je ne sais pas. Peut-être va t-on garder ça pour Trans-Siberian Orchestra ou pour le prochain album de Savatage. Nous avons mis pas mal de chansons de côté, neuf je crois, mais c'est encore trop tôt pour que je puisse te dire ce que nous allons en faire.

Jérôme : Font-elles partie de l'histoire ?

Jon : Non, pas obligatoirement, elles peuvent être dégagées du concept de Poets And Madmen car les textes ne sont pas définitifs même si toute la partie instrumentale est terminée.

Jérôme : Cette fois tu as aussi chanté sur tout l'album. Pourquoi Zack a t-il quitté le groupe ?

Johnny : Le problème, c'est la tournée. Il aurait pu à la rigueur participer à l'album, mais il ne voulait pas partir en tournée en laissant sa femme et sa fille de 9 mois à la maison, il avait besoin d'un break pour s'occuper de sa famille.

Jon : C'est le genre de choses que nous comprenons. Dans le groupe, nous sommes tous très proches et nous sommes bien placés pour dire que personne ne peut prévoir ce que nous réserve l'avenir. Je ne suis pas persuadé que Zack va arrêter sa carrière et je pense qu'il reviendra faire des choses avec Savatage et TSO, mais en attendant, nous devons faire avec et aller de l'avant avec le groupe.

Jérôme : Qui chantera sur la tournée alors ?

Jon : On ne sait pas encore, nous sommes en train d'auditionner des chanteurs. Paul O'Neil et Chris Caffery sont à New York, en train de se pencher sur le problème. Pendant 5 jours, ils ont fait passer des auditions à 5 ou 6 guitaristes et à trois ou quatre chanteurs. Sur les candidats pour le chant, seul un n'est pas connu et il nous a impressionné sur démo, il reste à savoir comment le gars se débrouille en live.. On sera fixé probablement dans une dizaine de jours pour le choix des prochaines victimes (rire).

Jérôme : Pour les prochains concerts, vous avez une idée des titres que vous jouerez ?

Johnny : On a parlé de faire des medleys de périodes différentes du groupe, un truc comme 5 chapitres…il y a tellement de chansons. Sur la dernière tournée, nous avions fait beaucoup de Medleys. Les fans avaient beaucoup aimé des choses comme Syrens/Dungeons Are Calling/Power Of The Night ou celui de Streets.

Jérôme : Le genre de setlist que nous avons pu voir à l'Elysée Montmartre en novembre 98 ?

Olivier (de passage) : Tu sais Jon, c'est celui où tu avais annoncé le nouvel album pour… mai 99.

Jon : Oui, c'est ce genre de setlist (rire). Et entre ces titres, on jouera des chansons du nouvel album. On ne peut pas jouer l'intégrale du concept de Poets, car si nous ne jouons pas Hall Of The Mountain King ou Syrens, nous allons nous faire lyncher par le public (rire).

Jérôme : En ce qui concerne le poste de second guitariste, pourquoi Al Pitrelli est t-il parti ?

Jon : Ce n'est pas très compliqué : il est simplement parti car Megadeth lui a fait une meilleure offre. Il a du faire face à pas mal de problèmes personnels, et il a eu besoin de changement.

Johnny : Oui, et aussi, un peu plus d'argent (rire).

Jon : En fait, surtout pour plus d'argent (rire).

Jérôme : Vous avez écouté ce qu'il a fait avec Megadeth ?

Jon : Oui, et je dois dire que c'est plutôt bon. Je ne suis pas un très grand fan de ce genre de trucs, j'aime les trucs un peu plus groovy… Mais ne te méprends pas, on adore ce gars (rire).

Jérôme : En ce qui concerne TSO, le dernier, Beethoven's Last Night ressemble beaucoup à du Savatage non ?

Johnny : C'est un peu les même musiciens et les choses que Beethoven a composé et que l'on a repris sont plutôt sombre, comme Savatage.

Jon : Je trouve que même s'il y a pas mal de guitares, ça s'apparente à un show de Broadway classique. J'ai pas mal étudié ce compositeur, c'était un personnage assez ténébreux. Je trouve que l'atmosphère du disque se rapproche peut-être un peu de Streets à cause de la variété des styles, du plus mélodique au plus heavy.

Jérôme : Une idée de sujet pour le prochain Trans-Siberian Orchestra ?

Jon : Probablement un nouvel album sur Noël, qui sera en fait la troisième partie de la trilogie amorcée par Christmas Eve et poursuivie par The Christmas Attic. D'ici là, on devra finir la tournée de TSO et venir en Europe, en France, pendant l'été vers fin juin, début juillet. On ne travaillera pas dessus avant notre retour au U.S.A. Ca fait trois ans que l'on passe notre temps en studio, nous avons besoin de bouger un peu.

Jérôme : Sais-tu que l'on ne trouve toujours pas Beethoven's Last Night en France à part en import ?

Jon : Je ne sais pas si un contrat de distribution est en cours, mais nous devons nous concentrer sur les USA en ce qui concerne TSO, c'est énorme là-bas, car il ne manque plus que 20000 exemplaires au premier volet pour être album de platine et le second est disque d'or.

Jérôme : Comment TSO c'est t-il retrouvé sur la B.O. du film The Grinch ?

Jon : C'est une des raisons pourquoi le Savatage a été retardé. Des personnes de l'entourage de Jim Carey et Ron Howard nous ont contacté après avoir entendu la chanson 12/24 Sarajevo de Dead Winter Dead et du premier TSO. Comme le thème de The Grinch est Noël et qu'ils avaient besoin d'une partie assez Heavy, on s'est mis d'accord pour faire Whoville Medley. Nous bossions depuis 6 semaines sur le Savatage et avions déjà 13 ou 14 chansons, de quoi enregistrer presque deux albums et nous avons du changer le programme car c'est un truc qui nous branche depuis 10 ans et c'était une belle opportunité, c'était cool, hein Johnny ? (rire)

Johnny : Ouais…super…

Jérôme : En tous cas je vous souhaite beaucoup de réussite pour l'album et la tournée.

Jon : Merci, j'espère que l'album plaira à tes lecteurs.


 

 

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