Elegy
Interview
Patrick Rondat et Martin Helmantel
Le 26 octobre 2000

Changement majeur pour Elegy avec le départ d'un des membres fondateurs du groupe et le recrutement du célèbre guitariste français Patrick Rondat. Le fruit de cette association est... défendu, et nous en avons donc discuté avec Patrick Rondat et le bassiste Martin Helmantel.

Martin, tu peux nous raconter comment c'est formé Elegy ?
Martin : Nous devons revenir en… 86. C'est à ce moment là que nous pouvions nous considérer comme un véritable groupe. Henk (Van der Laars, guitariste) et moi en étions en quelque sorte les membres fondateurs, nous avons recruté un batteur et un chanteur puis nous avons enregistré une première démo. Alors nous avons participé à un concours en 87 organisé aux Pays-Bas par Polydor et Metal Hammer que nous avons remporté. Nous avons passé les premières années à chercher un peu notre propre style et à faire face à beaucoup de changements de personnel, ce qui fait que nous n'avons pas vraiment démarré avant 92 avec une signature sur une maison de disque.

Pourquoi Henk est-il parti ?
Martin : Vas-y Patrick (rire).
Patrick : Ah non, tu connais tout ça mieux que moi, je ne l'ai jamais vraiment rencontré.
Martin : Quand j'étais ado, quand nous faisions des voyages scolaires nous allions au fond du bus pour déconner et se marrer, mais il y en avait toujours un dans la bande qui n'était pas vraiment heureux, et cette fois…
Patrick : C'était lui (rire) !
Martin : Il a bien essayé de s'impliquer, d'écrire de nouvelles chansons, tout ça, mais il n'était plus motivé et il a fini par décider d'arrêter.

Et comment Patrick est-il arrivé dans le groupe ?
Martin : Surtout grâce à Ian (Parry, chanteur) quand il l'a contacté pour le Consortium Project. En fait, cette série de concert pour la promo de cet album était presque comme une audition.
Patrick : C'est un peu ça, car pendant cette tournée, Martin était venu nous voir.
Martin : Et quand j'ai appris que Henk quittait le groupe, je me suis dit que le gars sur scène jouait plutôt bien nos chansons…
Patrick : C'était cool car il y avait beaucoup de fans d'Elegy et appréciaient ma façon de jouer les reprises du groupe. Enfin, il y avait Dirk à la batterie, Ian au chant, et à part Patrice (Guers), le bassiste, qui est un de mes amis, c'était presque une véritable audition avec Elegy au complet.
Martin : C'était parfait !

Patrick, c'est difficile de jouer dans un groupe avec un chanteur après ta carrière solo ?
Patrick : Jouer…pas vraiment, en fait le plus difficile et d'écrire les chansons s'adaptant au groupe qui avait déjà son propre style. Par exemple, si je devais fonder mon propre groupe avec un chanteur, tout serait probablement différent mais dans ce cas, le groupe à une histoire, et 5 albums dans la discographie, j'ai du respecter le style du groupe en y incluant mon propre style, et c'était vraiment ça le plus difficile. J'ai donc réécouté tout ce que le groupe avait fait avant, pour définir ce que je pouvais y apporter. Ensuite, j'ai envoyé des enregistrements aux autres membres du groupe pour me dire ce qu'ils aimaient.

Et comment s'est passé l'enregistrement de l'album ?
Patrick : nous avons commencer à s'échanger nos travaux à distance, s'échanger nos idées, modifier des plans.
Martin : Après nous avons pris une semaine pour faire le point sur tout ça. Il y a aussi le matériel de Henk que nous avons envoyé à Patrick deux jours avant de rentrer en studio (rire).
Patrick : J'ai même eu qu'une seule journée pour apprendre ces quatre chansons et travailler dessus pour partir en studio le lendemain !
Martin : En studio, c'était assez souple, nous avons commencé à enregistrer les parties de batterie mais nous travaillions tous un peu en même temps.
Patrick : Ca nous a permis d'améliorer les chansons pendant qu'on enregistrait.
Martin : C'était comme pour les autres albums, avec toujours pas mal de pressions en ce qui concerne le temps passé en studio, mais ça s'est bien passé.
Patrick : Oui, c'était tout de même assez relax car tout le monde était très disponible.

Avec le temps, les nouveaux albums de Elegy sonnent de mieux en mieux : qu'apporte les nouvelles technologies à la production d'album comme Forbidden Fruit ?
Patrick : Surtout l'utilisation de Pro Tool en fait.
Martin : Oui, principalement.
Patrick : Mais le son vient toujours de nos instruments. L'avantage de ce logiciel, c'est que nous pouvons faire du copier/coller et gagner du temps, mais si tu joues de la merde, ça le restera.
Martin : Ce sont des outils pour faciliter le travail en augmentant les possibilités de modifier certaines choses sans avoir à tout recommencer comme par le passé.
Patrick : C'est comme avec une longue partie de guitare, tu gagnes beaucoup de temps à ne pas tout refaire pour en modifier seulement une partie qui ne te convient pas, mais tu dois être vigilant à ne pas faire des choses que tu serais incapable de reproduire sur scène par exemple.
Martin : nous conservons une approche traditionnelle malgré tout cet équipement moderne.

Pensez-vous que la notion d'art est liée avec les limites imposé pour sa création ?
Martin : Oui, parfois. D'ailleurs tu peux voir ça avec les claviéristes qui ont la possibilité de séquencer les parties difficiles, c'est très courrant…
Patrick : Avec Pro Tool, tu peux toujours assembler tes solos à partir de petits morceaux, mais c'est une question de personnalité et de la façon dont tu abordes la musique. C'est la même chose quand tu apprends à jouer d'un instrument : jouer vite peux prendre deux ans ou toute ta vie, ça dépend de quelle manière tu veux jouer vite. Tu peux donner l'impression de faire quelque chose, ou tu peux le faire réellement.
Martin : Tu devrais toujours savoir jouer d'un instrument sans artifices… une bonne chanson, avec une guitare à cent balles.
Patrick : C'est pareil avec la techno ou le Hip-hop : même dans ce domaine il n'est pas nécessaire de remplacer la musique par la technologie. C'est juste un outil, mais la création ça vient de toi. C'est certain que ça peut de donner de bonnes idées, mais il faut éviter de trop se focaliser là dessus.

Sais-tu si un Consortium Project 2 est envisageable ?
Patrick : C'est tout à fait possible, je crois que Ian est en train de bosser dessus en ce moment et cherche des musiciens comme moi et Stephan (Lill, de Vanden Plas) pour jouer dessus. C'est une situation un peu étrange pour moi car quand j'ai joué sur l'album de Ian, je ne jouais pas encore avec Elegy. Ian et un ami, j'ai vraiment aimé participer sur le premier album et je jouerais probablement sur une ou deux chansons du prochain en tant qu'invité, mais je ne voudrais pas créer d'ambiguïtés en ce qui concerne Elegy qui n'est pas un projet, mais un véritable groupe dont je suis le nouveau guitariste. Pour ma part, je continuerais à faire des choses en solo, mais très différentes de ce que je fais avec Elegy contrairement au Consortium Project.

Et l'année prochaine, qu'allez vous faire avec Elegy ?
Martin : En premier lieu, non allons faire des concerts au début de l'année et plus tard, probablement travailler sur un nouvel album car nous avons maintenant un groupe très stable, où tout le monde va dans le même sens.
Patrick : C'était le problème avant, Elegy n'allait nulle part et la création du Consortium Project est partie de cette situation.
Martin : Oui, Henk en avait un peu marre et ne composait plus grand choses pour Elegy. Je sais que Dirk, le batteur, jouera sur le prochain Consortium Project mais ça ne posera pas le même problème qu'avec un guitariste comme Patrick. Globalement, je crois que les musiciens ont besoin de rester occuper car ces deux dernières années, nous n'avons rien fait avec Elegy mais chacun était occupé de son côté, sauf Henk. Alors quand il faut travailler après s'être arrêté deux ans, c'est beaucoup plus difficile.
Patrick : Oui, il faut créer pour rester créatif. Sans excès, toujours cette question d'équilibre.

Quels sont les groupes actuels que vous préféré ?
Martin : Euh... les Eagles (rire). Trop vieux ? Plus sérieusement, un groupe de rock allemand qui s'appelle Cain. Pas vraiment des groupe de métal, mais plutôt du rock de manière plus générale.
Patrick : En ce qui me concerne, c'est plus dur de te dire juste un nom. Plus généralement, des groupes comme Vanden Plas, Dream Theater, The Gathering…
Martin : Vraiment ? Tu aimes ce groupe ?
Patrick : Oui, beaucoup.
Jérôme : As-tu écouté leur dernier album ?
Patrick : Pas encore, mais je vais le faire, j'en ai entendu beaucoup de bien dans la presse.
Martin : If Then Else, c'est ça ? C'est un peu soft, plus grand chose à voir avec du métal, mais as-tu écouté How To Measure A Planet ?
Patrick : Oui, il est excellent.
Martin : Le dernier est un peu plus lourd et moins atmosphérique. De How To Measure A Planet, j'adore Liberty Bell, mais du nouveau, je ne pense pas vraiment que ce soit le meilleur du groupe.
Patrick : J'aime pas mal d'autre trucs, de Simple Minds à Pantera.
Martin : J'aime bien les Black Crows aussi et tout ce qui est influencé par les 70's.
Patrick : Tant que la musique est vraiment jouée par des gens, ça me va.

Vous aimez le guitariste Uli Jon Roth ?
Patrick : Tu sais que je l'ai rencontré il y a trois jours ?
Jérôme : c'est un peu pour ça que je te pose cette question : tu penses quoi de son œuvre et de sa façon d'aborder la musique ?
Patrick : Il est très créatif, c'est un personnage assez unique avec un style qui lui est propre. Ce que j'aime particulièrement chez ce guitariste, c'est qu'il est honnête. Il s'est dit " je suis dans Scorpions, nous vendons beaucoup de disque, mais ce n'est pas ce genre de musique que j'ai envie de jouer, alors bye ". Repartir de zéro en faisant de la musique particulièrement difficile à vendre, c' est une démarche très honnête tu sais, car ce gars est une sorte de guitar-heroe mais n'en a pas la manière de penser. Il pourrait jouer comme Malmsteen si il voulait mais c'est pas son truc, il est vraiment dans la musique. J'ai beaucoup de respect pour sa démarche. Il a aussi crée ses propres instruments de musique, inventé une nouvelle façon de jouer. On a besoin de gens comme lui.
Martin : J'ai aussi beaucoup de respect pour ce genre d'artiste qui font ce leur cœur leur dit. Zack Wylde est un autre exemple, car il pouvait jouer avec Guns 'n' Roses ou Ozzy mais il a préféré faire son truc à lui.
Patrick : Uli en plus d'être honnête envers lui-même, a énormément innové car il fut le premier à utiliser certaines gammes ou techniques. On c'est bien amusé quand il est venu à Paris. Le truc sur lequel je n'étais pas d'accord avec lui c'est qu'il est encore à fond dans Jimi Hendrix. Hendrix à beaucoup apporté à la musique en général mais Uli a un jeu tellement plus étendu, ça serait très réducteur de le considérer comme un clone de Jimi Hendrix.

Jérôme : C'était très intéressant, je vous remercie et vous souhaite beaucoup de succès dans le futur.
Patrick : Merci, on viendra visiter ton site !

 

 

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