Pain Of Salvation
Interview
Daniel Gildenlöw

La musique de Pain Of Salvation est si particulière qu'il a fallu plus d'un album pour que les amateurs de Metal progressif au sens large assimilent l'univers des Suédois. Il semblerait que l'heure soit enfin venue pour que cette jeune formation récolte les fruits de leur labeur avec ce quatrième album qui une fois de plus, est gorgé d'idées nouvelles et déconnecté de toutes tendances : nous en avons discuté avec le cerveau de l'affaire, le leader/chanteur/guitariste Daniel Gildenlöw.

Jérôme : Peux-tu me raconter comment s'est formé Pain Of Salvation ?

Daniel : J'avais formé un groupe qui s'appelait Reality quand j'avais 7 ans, et c'est devenu Pain Of Salvation en 91, lors de notre premier concert. En fait, les véritables débuts du groupe, ce fut surtout en 96 quand Fredrik Hermansson est devenu le claviériste du groupe, nous n'en avions pas avant. En 1997, nous avons fait notre premier album, assez rapidement et après ce premier disque, nous avons changé de guitariste car notre situation évoluait, les choses commençaient à bouger et il fallait que tout le monde s'implique davantage. Depuis le line-up est stable.

Jérôme : C'est qui le chef chez vous ?

Daniel : Humm, je suppose que ce doit être moi (rire). C'est vrai que je suis un peu le centre du groupe en tant que membre historique et fondateur, mais nous demeurons avant tout un vrai groupe avec un esprit de groupe.

Jérôme : Quels sont tes albums favoris de tous les temps ?

Daniel : Jesus Christ Superstar… c'est une de mes pièces musicales favorites, tout comme le premier album de Tori Amos et le High In The Sky de Alan Parson's Project. J'aime beaucoup aussi les Beatles, Faith No More, les anciens Queensryche…

Jérôme : L'influence de Faith No More est palpable dans la musique de POS.

Daniel : Oui, c'est vrai, sur certaines parties vocales et sur pas mal de plans instrumentaux.

Jérôme : Quel genre de musique te branche en ce moment ?

Daniel : Wow…beaucoup de choses. je pense qu'il y a toujours quelque chose de bon dans n'importe quel style de musique. J'aime surtout la musique honnête, qui n'est ni calculée, ni calibrée pour plaire, et je ne suis pas focalisé sur un style de musique en particulier. Par exemple, je n'écoute pas spécialement de Metal progressif.

Jérôme : Le mot est lâché : quelle est ta définition du terme " progressif " dans la musique ?

Daniel : Je fais partie de ceux qui aimeraient voir le monde du progressif revenir à sa définition originelle, quelque chose qui évolue, quelque chose de recherché, qui explore sans cesse de nouvelles directions. Maintenant, le terme progressif désigne principalement…euh…tchac boum etc… (imaginez une sorte d'imitation de l'intro de 6 :00 de Dream Theater :-)). (rire) Tu vois, tous ces changements rythmiques, complexes et rapides… l'idée est cool, mais pour moi, ce n'est pas assez pour mériter l'appellation "progressive".

Jérôme : Remedy Lane au niveau de la production, sonne un peu comme The Perfect Element, alors qu'entre One Hour By The Concrete Lake et The Perfect Element, le fossé était plus grand. Le son que vous avez trouvé sur votre 3ème album est t-il donc votre "Perfect Element" ?

Daniel : C'est possible que nous ayons avec ce troisième album, trouvé notre style. En fait, Entropia est une représentation de tout le matériel que l'on avait composé entre 94 et 97. Tu sais, quand on travaillait sur cet album, on ne savait si ça allait être notre premier album ou notre seul album alors on a mis tout ce que l'on savait faire à l'interieur. Pour le second, nous étions davantage orienté dans le Metal progressif, mais nous cherchions toujours notre voie. Pour le troisième, nous avons fait l'album que nous voulions écouter, sans trop se demander s'il plairait ou pas. C'est avec cette même démarche que nous avons travaillé sur Remedy Lane.

Jérôme : Au fait, et la suite du Perfect Element pt 1 ?

Daniel : Je n'aurais jamais du l'annoncer (rire). Hum…Nous savions que nous partirions en tournée avec Dream Theater assez rapidement et nous devions terminer l'album avant a tournée. Pour la seconde partie, nous avions des idées assez difficiles à mettre en œuvre, comme des parties orchestrées, avec d'autres musiciens et nous manquions de temps pour réaliser correctement ce projet.

Jérôme : En tant que suédois, que penses-tu de la scène Metal de ton pays ?

Daniel : Hum… je ne sais pas vraiment en fait. A part pour Hammerfall, cette scène est assez invisible et on ne peut pas vraiment parler de scène, nous n'avons que peu de contacts entre les groupes. Je sais que nous avons beaucoup de groupes très populaires, mais surtout en dehors de la Suède et probablement que la presse étrangère est plus au courrant de l'émergence de nouveaux groupes en Suède que les Suédois eux-même. Je ne connais donc pas tout, mais il y a pas mal de choses très intéressantes.

Jérôme : Comment va ta main ?

Daniel : Ca va, merci. J'ai quelques problèmes avec mes doigts, mais tout est ok.

Jérôme : Avec ce genre d'ennuis, comment c'était déroulée la tournée avec Arena ?

Daniel : Drôle d'aventure que cette tournée. Nous avons été parfois dans de curieuses situations avec quelques problèmes de cachets et souvent, nous n'avions que peu de place sur scène et nous devions sans cesse nous adapter à la situation, ce qui dans un sens, est une expérience formatrice. Le top, c'est quand je me suis cassé les doigts et que nous avions du remanier le répertoire et adapter les chansons pour ne jouer qu'avec une seule guitare…en une seule journée. Le fait de transcender ces ennuis nous a fait faire probablement nos meilleurs concerts.

Jérôme : Trouves-tu que vous étiez vraiment à votre place avec Arena ?

Daniel : Hum…c'est une question un peu gênante. C'est certain qu'en tournée, nous sommes en droit de ce poser ce genre de question, mais il était aussi question de gagner de l'expérience scénique, une sorte d'apprentissage qui va très largement nous servir pour la tournée qui vient.

Jérôme : Vous avez déjà joué devant 4000 personnes ?

Daniel : Hummm…non (rire).

Jérôme : Il va falloir vous habituer, c'est pour le 7 février !

Daniel : Ca sera une très bonne chose pour nous. Nous serons nerveux, c'est certain, mais je le suis encore plus lorsque je joue devant 10 personnes qui de la scène, car ils sont considérés individuellement, contrairement à une foule massive comme il y aura probablement au Zenith.

Jérôme : La dernière fois en première partie de Dream Theater dans cette salle, c'était Spock's Beard et depuis, ils ont beaucoup gagné en popularité : vous allez avoir la pression et votre musique n'est pas des plus immédiates...

Daniel : C'est vrai, et nous pouvons étendre cet état de fait sur l'ensemble de cette tournée, car nous avons l'opportunité de jouer dans chaque pays devant beaucoup de monde, dont la majeure partie n'a jamais entendu parler de nous. En revanche, je pense que notre musique est encore plus expressive et émotionnelle en concert et je reste convaincu qu'elle peu toucher ce genre de public.

Jérôme : Je m'excuse d'avance pour la prochaine question…..

Daniel : (rire)

Jérôme : Je suppose qu'il y des questions qui reviennent assez souvent ?

Daniel : C'est vrai. De plus c'est le troisième jour de promo à Paris, et ça fait beaucoup d'interviews, mais en fait elles n'évoluent pas systématiquement dans le même sens et c'est souvent intéressant.

Jérôme : Alors allons-y : peux-tu nous parler du concept de Remedy Lane ?

Daniel : Hum, oui (rire), je crois que l'on va arrêter de faire des concepts (rire). D'une certaine façon il est proche de celui de The Perfect Element, mais avec une approche plus personnelle et quelque part, plus intensive aussi. C'est aussi au sujet des relations entre deux êtres, et parle aussi de la construction des individus et des interactions avec la société, mais d'un point de vu plus général, de sorte que chacun des auditeurs peux être personnellement concernés, et même touchés par les textes.

Jérôme : Pour en revenir aux concerts, comment t'es-tu retrouvé embarqué dans la tournée de Transatlantic ?

Daniel : Nous étions en train d'enregistrer Remedy Lane alors que de son côté, Roine Stolt de Flower King cherchait un musicien pour chanter, jouer du synthé et de la guitare, en vue de restituer convenablement tous les éléments des nouvelles compositions de Transatlantic sur scène. Il m'a alors demandé de faire un essai.

Jérôme : Tu connaissais déjà ce projet ?

Daniel : Non, je ne connaissais pas j'ai donc écouté le premier album. Les chansons sont plutôt longues, et à leur façon, assez complexes et complètement différentes de ce que je faisais avec Pain Of Salvation. J'ai pourtant du apprendre tout ça en trois jours, juste à la fin de l'enregistrement de notre album. L'expérience fut globalement très bonne car en plus d'avoir fait de bons concerts, nous nous somme vraiment amusé.

Jérôme : En quelle manière c'était différent de Pain Of Salvation ?

Daniel : J'ai appris un peu ce que c'était de ne plus être au centre de l'activité, de ne plus être la personne sur qui doit reposer une bonne partie de l'organisation et de rester en retrait su scène.

Jérôme : Merci Daniel pour ces réponses, je te souhaite du succès pour l'album et une bonne chance pour la tournée si tu vois ce que je veux dire…

Daniel : Oui, j'éviterais me mettre dans des situations dangereuse (rire). Merci et à bientôt !



 

 

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